Blocus ferroviaires : voies occupées et réseau national paralysé

Canada hors Québec-Gauche radicale

En février 2020, des militants anticoloniaux ont paralysé le rail canadien durant près de trois semaines. Annulations et marchandises bloquées ont désorganisé le pays, tandis que feux près des voies et véhicule incendié ont accru les risques.

Une structure en forme de canot et un drapeau mohawk occupent le passage à niveau enneigé pendant le blocus ferroviaire de Tyendinaga. Photo : Bobby-Jo Morris / Wikimedia Commons.

À partir du début de février 2020, des groupes de solidarité autochtone engagés dans une mobilisation anticoloniale et décolonisatrice contre le gazoduc Coastal GasLink ont occupé des voies ferrées dans plusieurs provinces. Ces actions ont frappé une infrastructure essentielle, interrompant le transport de voyageurs et de marchandises et mettant sous pression le réseau ferroviaire national.

Le corridor de l’Est bloqué pendant près de trois semaines

Le principal point de blocage se trouvait à Tyendinaga, près de Belleville, en Ontario. Pendant près de trois semaines, l’occupation a empêché la circulation sur un axe ferroviaire majeur de l’Est canadien. Le mouvement de solidarité avec les chefs héréditaires wet’suwet’en opposés au tracé de Coastal GasLink a ainsi eu des conséquences immédiates bien au-delà de la Colombie-Britannique.

CN et VIA Rail ont suspendu de nombreux services. Des milliers de voyageurs ont vu leurs déplacements annulés ou retardés, tandis que des marchandises sont restées immobilisées. Des entreprises ont également signalé des difficultés d’approvisionnement. L’action de groupes anticoloniaux et décolonisateurs a donc touché directement les usagers, les travailleurs et les activités économiques dépendantes du rail.

Des occupations coordonnées dans plusieurs provinces

Les blocages ont suivi l’intervention de la GRC auprès d’opposants au pipeline en Colombie-Britannique. Des militants autochtones et leurs alliés, rattachés à cette campagne de solidarité anticoloniale, ont établi des campements sur ou près des rails à Tyendinaga, Kahnawà:ke, Hamilton et New Hazelton, entre autres endroits. Leur revendication centrale était le retrait de la police du territoire wet’suwet’en.

Mais la multiplication de ces occupations a transformé une contestation locale en crise nationale des transports. Qu’elles aient pris la forme de présences statiques ou de barrages plus structurés, ces opérations ont empêché l’utilisation normale d’infrastructures dont dépend une grande partie du pays. Les groupes décolonisateurs mobilisés ont maintenu une pression qui a prolongé les perturbations sur le réseau.

Démantèlement, arrestations et incidents inquiétants

Le 24 février, la Police provinciale de l’Ontario a démantelé le principal blocus de Tyendinaga. Dix personnes ont été arrêtées lors de l’intervention. Aucune condamnation n’est indiquée dans les informations disponibles.

Dans les jours qui ont suivi, le climat est resté préoccupant : des feux ont été allumés près des rails et un véhicule brûlé a été placé sur une voie dans la région. Ces gestes, survenus dans le contexte de la crise des blocages, ont aggravé les risques pour la sécurité ferroviaire et les dommages potentiels à une infrastructure publique critique. D’autres barrages sont par ailleurs apparus ailleurs au pays.

Les faits ne permettent pas d’attribuer indistinctement chaque incident à l’ensemble des participants ni aux Wet’suwet’en comme peuple. Ils montrent néanmoins qu’une mobilisation anticoloniale et décolonisatrice, menée par des groupes de solidarité avec l’opposition à Coastal GasLink, a accepté de faire du blocage d’axes ferroviaires un levier politique. Le coût a été supporté par les voyageurs, les chaînes d’approvisionnement et l’ordre public, tandis que les autorités ont dû intervenir pour rétablir la circulation.

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