Le 29 août 2023, la Galerie nationale du Canada, à Ottawa, a été le théâtre d’une action de perturbation visant Northern River, une œuvre de Tom Thomson. Kaleb Suedfeld a projeté de la peinture rose lavable sur la vitre protégeant le tableau, avant de se coller au sol. L’intervention a imposé une opération de nettoyage et d’inspection dans l’un des principaux musées du pays.
La police a arrêté Suedfeld sur place et a porté contre lui une accusation de méfait. Aucun visiteur ni membre du personnel n’a été blessé, et aucun coût précis de nettoyage n’a été rendu public. Mais l’acte a néanmoins mobilisé les équipes du musée et interrompu le fonctionnement normal de l’espace d’exposition.
Un tableau emblématique pris pour cible
L’œuvre choisie, associée au paysage canadien, a été ciblée dans le cadre d’une action liée à On2Ottawa, un groupe d’action directe climatique. Le collectif a présenté ce geste comme une protestation contre ce qu’il qualifie d’inaction gouvernementale face aux incendies de forêt et au changement climatique.
Cette justification n’efface pas la méthode employée : s’en prendre à une œuvre patrimoniale exposée au public, même derrière une protection, revient à faire peser sur les institutions culturelles, leurs employés et leurs visiteurs le coût d’une opération militante. La peinture a atteint la surface protectrice plutôt que la toile elle-même.
Une œuvre épargnée, mais une attaque contre le patrimoine
La Galerie nationale a confirmé que Northern River n’avait pas été endommagée. Le tableau a été nettoyé, inspecté puis remis en exposition rapidement. Cette absence de dommage à la toile ne transforme toutefois pas l’incident en geste anodin : l’utilisation d’une substance projetée contre une œuvre exige une vérification immédiate et met inutilement à l’épreuve les dispositifs de conservation.
Le caractère lavable de la peinture était au cœur de la tactique revendiquée par les militants climatiques. Dans plusieurs pays, des groupes d’action directe ont utilisé des méthodes comparables contre des œuvres protégées, cherchant à provoquer un choc médiatique tout en soutenant que les dégâts resteraient réversibles. Or la réversibilité alléguée ne retire rien au méfait reproché ni au désordre créé dans un lieu culturel ouvert au public.
Le recours à la perturbation
L’affaire illustre une dérive de l’activisme climatique radical vers des actions conçues pour imposer la confrontation. En ciblant un tableau connu plutôt qu’un responsable politique ou un débat public, les militants déplacent leur pression sur le patrimoine commun et sur des institutions qui n’ont pas à servir de décor à leurs opérations.
L’arrestation et l’accusation de méfait rappellent qu’une cause invoquée, quelle qu’elle soit, ne donne pas carte blanche pour perturber un musée ni pour projeter de la peinture sur une œuvre exposée. La protection du patrimoine et le respect de l’ordre public ne devraient pas être sacrifiés aux coups d’éclat de groupes militants.


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